Interview Amandine Albertini, architecte

Atelier 3A – www.amandinealbertini.fr
Spaziu medicale U Scampu – RT 10, 20215 Venzolasca

À Venzolasca, la Maison de Santé U Scampu incarne une nouvelle manière de construire au service des territoires.
Pensé pour répondre aux enjeux de santé en milieu rural, ce projet illustre la capacité du bois et du hors-site à conjuguer performance, sobriété et rapidité d’exécution. À travers le regard de l’architecte, cette interview revient sur la genèse du projet, les choix constructifs et la démarche collective qui ont permis de donner vie à un équipement durable, fonctionnel et profondément ancré dans son territoire.

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- Pouvez-vous nous présenter la genèse de la Maison de Santé U Scampu et le contexte qui a conduit à sa réalisation à Venzolasca ?
Le projet U Scampu est né de la volonté du Dr Francescu Suzzarini, médecin généraliste originaire de la région, de créer une maison de santé pluridisciplinaire capable d’accueillir plusieurs praticiens dans une zone rurale où l’offre de soins s’amenuise.
L’idée était simple mais ambitieuse : offrir un lieu moderne, fonctionnel et fédérateur, adapté aux enjeux de santé d’aujourd’hui, tout en maintenant un ancrage territorial fort. Ce projet, initié en 2022, s’inscrit dans une démarche collective visant à redynamiser le tissu médical et social local.

- Qu’est-ce que cela représente pour vous, en tant qu’architecte, de travailler sur un projet de santé en milieu rural, au service de la collectivité ?
Ce projet avait pour moi une dimension personnelle et symbolique très forte. Je suis moi-même originaire de cette région, et participer à la réalisation d’un équipement public au service des habitants revêtait une importance particulière.
Avec le maître d’ouvrage, c’était une manière de contribuer, à notre échelle, à la revitalisation d’un territoire souvent oublié au profit des zones urbaines. En un sens, U Scampu est une pierre à l’édifice de ce mouvement collectif : celui de personnes qui croient à la force de leur territoire et souhaitent y réinvestir leur savoir-faire et leur énergie.

- Comment voyez-vous le rôle de l’architecte dans ce type de réalisation : concepteur de bâtiment ou acteur d’un projet de société plus global ?
Ce type de projet, de par ses choix architecturaux, constructifs et sa portée sociétale, exige une détermination et un investissement total de l’ensemble de la maîtrise d’œuvre et maîtrise d’ouvrage. En tant qu’architecte, nous avons été au-delà de la conception en accompagnant le maître d’ouvrage à chaque étape du projet, du montage administratif et financier jusqu’à la mise en œuvre concrète.
Dans ce type de réalisation, il s’agit de faire des choix à la fois architecturaux, techniques et économiques, afin de garantir la viabilité économique du projet dans son ensemble. Nous avons donc travaillé main dans la main avec le maître d’ouvrage, très investi, pour que chaque décision permette d’aller au bout de la démarche sans compromis sur le sens et la qualité.

- Quels ont été vos principaux choix architecturaux pour ce projet, et comment traduisent-ils l’identité du territoire et la vocation du lieu ?
Le terrain, très exigu et bordé par une route nationale, imposait de fortes contraintes. Nous avons choisi de ne pas dépasser le R+1 afin de préserver l’harmonie du paysage environnant, et de tourner le bâtiment vers l’intérieur de la parcelle pour l’abriter des nuisances sonores.
La façade orientée vers la route joue à la fois le rôle d’écran acoustique et d’enseigne, grâce à un travail graphique sur la matière.
Nous avons beaucoup travaillé sur la trame constructive pour optimiser la préfabrication et garantir une économie globale sans nuire à la qualité esthétique. Chaque module, chaque ouverture a été pensé selon une logique de série, ce qui a permis de conjuguer cohérence architecturale, sobriété et efficacité.

- Le choix de l’ossature bois a-t-il été une évidence dès le départ ?
Très vite, le bois s’est imposé comme la solution la plus pertinente. Nous avions à cœur de travailler des matériaux plus vertueux, plus durables, tout en respectant l’enveloppe budgétaire qui nous avait été confiée. Il permettait également d’optimiser les surfaces. Nous avons choisi de simplifier au maximum la trame structurelle, ce qui a permis une production en série des murs à ossature bois, entraînant une réduction significative des coûts de production et des délais d’exécution.

- Le mode constructif hors site a-t-il été déterminant dans la réalisation de ce projet ? Quels ont été les avantages en termes de performance, de rapidité de mise en œuvre et d’impact environnemental ?
Absolument. La précision des assemblages, la maîtrise des temps de production et de pose, ainsi que la propreté du chantier ont été des atouts majeurs.
Cette méthode a également favorisé un travail collectif en amont : nous avons instauré dès les premières phases de conception un processus de travail collaboratif entre les différents lots, afin d’anticiper au mieux les détails d’exécution, de limiter les aléas une fois sur site et d’optimiser les coûts de construction associés.
Résultat : un chantier plus précis, plus rapide, plus propre.

- Envisagez-vous dans vos futurs projets de recourir à nouveau au hors-site ?
Oui, c’est une évidence.
Le hors-site a transformé la manière de concevoir et de coordonner le projet. Il impose une maîtrise totale des détails de construction en amont.
Au-delà des atouts évoqués plus haut, tout est anticipé, réfléchi, coordonné en amont : il n’y a quasiment plus de place pour l’improvisation.
C’est une façon de travailler que j’apprécie particulièrement en tant qu’architecte.


